
(L’Association BIOWA organise un dialogue intergénérationnel entre adolescentes, jeunes filles et parents)
C’est soutenu financièrement par l’Agence Française de Développement (AFD) que, l’association Biowa a organisé, samedi 18 mars dernier, un dialogue intergénérationnel. Le bras missionnaire du projet féministe en action au Bénin, techniquement soutenu par Care International Bénin-Togo, a rassemblé pour l’occasion : les adolescentes et jeunes filles de la commune d’Apro-Missérété et un panel de spécialistes de la lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) pour échanger sur le mariage forcé. L’hôtel white house de Porto-Novo a servi de cadre à ce grand rendez-vous d’échange, de partage de connaissances et d’expériences.
Désignant tout mariage officiel ou toute union non officialisée entre un enfant de moins de 18 ans et un adulte ou un autre enfant, le mariage forcé constitue une menace à la vie, le bien-être et l’avenir des filles dans nos sociétés. Ce phénomène qui viole les droits de nos jeunes filles depuis des lustres occasionne d’énormes dégâts collatéraux. C’est donc conscient de ses conséquences qui ne font d’ailleurs pas cadeaux aux victimes que l’association Biowa s’est donné pour objectif de poser le débat entre générations de jeunes filles et celles des parents afin de définir des actions concertées pour mener la lutte.
Un dialogue intergénérationnel très ouvert

Dans le couloir de sa contribution, elle a établi des ponts de compréhension entre parents et enfants pour surmonter les obstacles culturels à l’accès des adolescentes et jeunes filles déscolarisées et/ ou non scolarisées à l’information centrées sur leurs droits. En effet, cette activité a été pour les jeunes filles une occasion d’échanger avec leurs ainés sur les causes, manifestations et les conséquences du mariage forcé. Ce dialogue intergénérationnel, est le fruit d’un travail de longue haleine depuis plusieurs mois. C’est pourquoi toutes les parties prenantes ont été conviées pour apporter des contributions notables pour l’avancée de la lutte.
Les causes du mariage forcé
Pour certaines jeunes filles, la pratique trouve son origine dans les inégalités de genre, la croyance selon laquelle les filles et les femmes sont inférieures aux garçons et aux hommes. A les entendre, cette pratique serait aggravée par la pauvreté, le manque d’éducation, l’insécurité, grossesses précoces, ambition démesurée des parents, ainsi que des pratiques et les normes sociales néfastes. Cependant, ces causes ne sont pas les mêmes dans chaque communauté et la pratique varie d’un endroit à l’autre.
En se prononçant une à une sur les inégalités liées au sexe comme première cause selon elles, les filles ont fait remarquer que les systèmes patriarcaux (systèmes contrôlés par les hommes) dans lesquels on apprécie la valeur des filles sur la base de leur virginité, font partie des causes car ont pour effet de restreindre les choix sexuels et reproductifs de ces dernières.
Mariage forcé : des implications diverses

Tout en rappelant que le phénomène des mariages forcés est interdit au Bénin, Gloria Metoévi a laissé entendre que l’éducation des filles n’est pas la tasse de thé de beaucoup de familles à cause de plusieurs facteurs. «Une fille éduquée est la femme épanouie de demain», a-t-elle insisté. A en croire une participante à ce dialogue, cette pratique, se traduit également par le fait de dicter aux filles comment se comporter et s’habiller, où aller, qui fréquenter, qui épouser et dans quelle condition le mariage se fera. Dans ces conditions, les filles sont souvent considérées comme des objets qu’on peut libérer à tout moment au premier bon preneur. Alors que le mariage de mineures met en danger la vie et la santé de jeunes filles et restreint leurs perspectives d’avenir.
Les filles poussées à un mariage précoce tombent souvent enceintes alors qu’elles sont encore adolescentes, ce qui augmente le risque de complications lors de la grossesse ou de l’accouchement. Ces complications sont la principale cause de mortalité chez les adolescentes. Les panélistes, décidés à renforcer l’autonomie des jeunes filles à l’aide d’informations, de partage d’expériences et des notions nécessaires à leur bonne santé, leur éducation et leur sécurité, afin qu’elles vivent sereinement leur passage à l’âge adulte, ont mis un accent particulier sur les moyens, méthodes et stratégies pour endiguer le mal.
Il faut noter que le mariage forcé des jeunes filles est un crime et donc interdit au Bénin. Le silence face à ce mal qui mine la société doit être brisé et les auteurs ainsi que leurs complices dénoncer.
Par Waliyi Zannou