Porto-Novo, Bénin, dans la commune d’Akpro-Missérété et d’Adjarra, l’Association BIOWA a organisé une session de dialogue intergénérationnel, une activité phare du projet « Projet d’appui au renforcement du pouvoir d’agir des filles et des jeunes femmes de 10 à 35 ans par les DSSR » (PARF-JF DSSR), mis en œuvre dans le cadre de la phase 2 du projet Féministes en Action. L’objectif : réunir jeunes filles, leaders religieux, leaders communautaires et acteurs locaux autour d’un même espace de parole pour faire tomber les barrières culturelles et sociales qui pèsent encore sur l’accès des adolescentes à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive (DSSR).
Un espace de dialogue pour dépasser les tabous

Dans les communes d’intervention du projet Adjarra et Akpro-Missérété, de nombreuses adolescentes et jeunes filles, en particulier celles déscolarisées ou en situation de handicap, restent encore éloignées de l’information sur leurs droits et sur les services de santé sexuelle et reproductive. En cause : des normes sociales et religieuses restrictives, un silence intergénérationnel autour de ces sujets, et une méfiance parfois persistante entre jeunes générations et leaders communautaires.
C’est pour répondre à ce défi que BIOWA organise ces dialogues intergénérationnels. Chaque rencontre vise à établir de véritables ponts de compréhension entre les jeunes filles et les figures d’autorité locale, leaders religieux, leaders communautaires, parents, afin de favoriser leur implication dans la protection et l’autonomisation des jeunes filles, et de faire évoluer, pas à pas, les représentations sociales autour de la santé des filles.
Une parole libérée, des échanges réflexifs

Loin d’une simple séance de sensibilisation descendante, le dialogue intergénérationnel se construit comme un véritable espace d’écoute mutuelle. Les jeunes filles y expriment leurs préoccupations, leurs interrogations et parfois leurs souffrances silencieuses, tandis que les leaders communautaires et religieux sont invités à entendre, souvent pour la première fois, ce que vivent réellement les adolescentes de leur communauté.
Ce format d’échange réflexif permet de aborder, sans détour, des sujets encore trop souvent tus : la méconnaissance du corps, l’accès limité à l’information sur les droits sexuels et reproductifs, les grossesses précoces, ou encore les violences basées sur le genre.
« Connaître mes droits et comprendre mon corps » : une jeune fille témoigne
Lors de la session organisée à Missérété, une jeune fille a livré un témoignage fort, résumant à elle seule l’enjeu de cette activité : « Connaître mes droits et comprendre mon corps, c’est déjà commencer à me protéger. » Ce témoignage illustre le message central porté par le projet à travers cette activité : BRISER LE SILENCE. Car c’est bien ce silence, autour du corps, des droits, des violences, qui expose les filles à des risques évitables. En prenant la parole, en osant nommer ce qui, hier encore, ne se disait pas, ces jeunes filles posent un acte de résistance et d’émancipation.
Des leaders communautaires mobilisés aux côtés des filles
Au-delà de la parole des filles, ces dialogues créent une dynamique de responsabilisation collective. Les leaders religieux et communautaires présents repartent avec une meilleure compréhension des réalités vécues par les adolescentes de leur commune, et sont progressivement amenés à devenir eux-mêmes des relais de messages plus protecteurs auprès de leurs communautés.
Cette approche participative contribue, session après session, à la transformation des normes sociales restrictives qui entravent encore l’accès des filles à l’information et aux services DSSR, notamment pour les jeunes filles déscolarisées ou en situation de handicap, particulièrement invisibilisées.
Une activité qui s’inscrit dans la durée

Ce dialogue intergénérationnel n’est pas un événement isolé : il s’inscrit dans une dynamique trimestrielle portée par BIOWA tout au long du projet PARF-JF DSSR, aux côtés d’autres activités de proximité comme les tentes itinérantes « Girls on the Move », les clubs DSSR animés par les ambassadrices, ou encore les rencontres de concertation entre agents de santé et jeunes ambassadrices.
Loin de marquer une fin, chaque session ouvre la voie à la suivante : celle d’une communauté qui apprend, trimestre après trimestre, à écouter ses filles et à agir à leurs côtés.
Le projet Féministes en Action est financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par un consortium d’organisations féministes et de solidarité internationale. Il soutient le pouvoir transformateur des mouvements féministes à travers des financements adaptés, le renforcement des capacités et la création d’alliances durables. À travers la phase 2 de l’initiative, 12 organisations de la société civile du Bénin et du Togo renforcent leur impact aux niveaux local, national et régional, avec l’appui de CARE Bénin/Togo.
